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La chasse au Moyen Âge

 

La chasse, un facteur intégré dans la société médiévale

 La société médiévale ne connaît pas de droit unifié, en matière de chasse, ce sont les usages, les exceptions et privilèges qui dominent. Pour comprendre les modalités de la chasse médiévale l’historien dispose d’une part des privilèges accordés par les souverains aux particuliers, et les restrictions et interdits de chasse.Les invasions constituent une date clef, dans la mesure où les chefs qui s’installent dans l’empire et notamment en Provence imposent leur domination. En ce qui concerne la chasse, ils conservent le principe du droit de chasse lié à la propriété terrienne.Au début du Vème siècle, la loi des Burgondes de 502 interdit de tendre des objets à terre pour attraper des loups dans la mesure ou ce stratagème pourrait mettre en péril les habitants du voisinage. Ces dispositions que l’on retrouve aussi dans la loi des Wisigoths et des Burgondes mettent en place l’idée de responsabilité des propriétaires dans la mesure où les pièges qu’ils disposent sur leurs terres peuvent mettre en péril des hommes et des animaux domestiques. Dès lors la propriété ne confère plus un droit absolu chez soi.

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  Entre le VIème et le Xème siècles, la chasse constitue une des préoccupations favorite des Francs.Dans sa Vie de Charlemagne, Eginhard constate que le gibier est abondant et divers surtout dans les zones montagneuses.Au VIIème siècle il devient clair que l’on tend à réserver ce loisir à certaines catégories de personnes sans cependant y arriver complètement.Pour s’assurer de l’abondance du gibier et le maintenir dans des lieux difficilement accessibles à la population, les souverains constituent dès le VIIème siècle des forêts et des garennes qui sont surveillées par des custodes. Par son ordonnance de 630, Dagobert se réserve la chasse des forêts du domaine royal de Malemaison. Jusqu’au XIIIème siècle, la gestion des forêts royales relève des baillis et des forestiers dont Philippe Auguste est l’initiateur. Les ordonnances royales organisent progressivement cette administration. Le bailli royal y détient la haute justice. Les officiers des Eaux et Forets s’occupent des dégâts occasionnés par le gibier, de la culture des lieux et des délits de chasse.Si l’abondance du gibier cause beaucoup de dégâts, elle tente les non-ayants droits. Chasser est en effet interdit aux roturiers Les délits à la règle sont vivement réprimés. Pour éviter le braconnage, les chiens de troupeaux, armes et engins de captures sont interdits.

Il est intéressant de noter qu’au moyen âge, le terme de braconnier désigne un valet chargé de la conduite des chiens braques. L’ordonnance de Philippe IV le Bel en 1299 sévit contre les voleurs de gibier et de poissons qui tentent de les vendre au marché.En outre, malgré les interdictions que les seigneurs et les ordonnances ecclésiastiques ont tenté de mettre en place, il y a toujours eu des personnes qui ont tenté de les braver. Pour preuve, une ordonnance de Louis IX en 1270 condamne à 60 sols d’amendes ceux qui chassent sur les garennes de leurs seigneurs.On peut aussi penser que les seigneurs étaient tentés de faire justice eux-mêmes cependant les infractions au droit de chasse faisaient l’objet d’une procédure et n’aboutissaient pas nécessairement sur une condamnation. En effet, en 1371 Charles V confirme un privilège aux habitants de Mailly-le-château : « si quelqu’un est accusé d’avoir chassé en la garenne seigneuriale et qu’il le nie, il sera cru sur serment, si en revanche il refuse de prêter serment, il devra payer une amende ».

En Angleterre, les peines mises en place par Guillaume le Conquérant et maintenues par ses successeurs étaient nettement plus sévères (castrations, amputations, énucléations…).En outre, le droit de chasse, réservé au seul propriétaire des terres, souffre de nombreuses exceptions. Par exemple, en 1402, Charles VI, dans le règlement général des eaux et forêts « autorise à chasser dans les forêts royales seuls ceux à qui le roi en a donné la permission ». En outre, Charles V autorise en 1364 les habitants de Revel à chasser dans les forêts royales, et en 1370 il autorise les habitants de Saint Antoine en Rouergue à parcourir les forêts pour y chasser les bêtes qui ravagent les cultures.La première tentative pour limiter le droit de chasse date de 1393, lorsque Charles VI signale dans une série de lettres qu’on ne « pourra chasser aux bêtes fauves dans les forêts du roi, en vertu des permissions par lui données, si elles ne sont signées du duc de Bourgogne ». Dès lors, les droits donnés par le roi sont soumis au contreseing du duc de Bourgogne. En 1396, des lettres interdisent aux non-nobles de chasser, excepté les gens d’Eglise, les bourgeois, et ceux qui jouissent d’un privilège royal. Il est toutefois permis aux habitants de la campagne d’avoir des chiens pour se garder des bêtes qui ravagent les cultures cependant, « celui qui par ce moyen » prendrait un gibier devrait immédiatement le porter à son seigneur.On constate donc que les décisions royales sont limitées par les coutumes et les usages traditionnels Quoi qu’il en soit, nous avons ici la première manifestation de la chasse en tant qu’activité réservée à une partie de la société.Même si en 1472, des lettres de Charles VII interdisent officiellement aux « non-nobles » de chasser le gros gibier, on constate via les multiples concessions faites aux villageois que l’activité cynégétique en tant que réservée aux Grands est plus formelle que réelle. La chasse n’est pas interdite aux ruraux mais réservée aux seigneurs ce qui est une façon d’affirmer leur prédominance sociale.

 

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- La chasse noble

 On oppose la chasse noble à la chasse vile. La vénerie était pratiquée par le seigneur, elle consiste à chasser l’animal à l’aide de chiens entraînés par les chasseurs.Toutefois, avant d’être foulée par la meute et les seigneurs à pied ou à cheval, les bois étaient étudiés par des valets dont la tâche consistait à se renseigner au préalable auprès des habitants des villages alentour sur les parcelles de bois, les garennes et les animaux qu’ils recelaient.Ils faisaient ensuite un rapport aux seigneurs durant la collation qu’ils prenaient avant de partir en chasse. Les chasseurs décidaient ensuite quel animal serait chassé.La chasse au cerf est la plus représentative de la chasse noble médiévale. L’animal pris, il faut le servir le plus vite possible de préférence à l’arc mais aussi par-derrière « en prenant soin de se cacher derrière les arbres » pour lui couper le jarret.La chasse à la loutre était aussi fort considérée : des chiens étaient spécialement dressés pour poursuivre l’animal dans l’eau et des valets suivaient les berges de la rivière. La loutre était prise avec des perches munies d’une fourche à dents. La chair était réservée aux chiens après que l’on ait récupéré sa fourrure

Durant le moyen âge, la chasse au vol suscite un fort engouement. On distingue alors la chasse au bas vol qui consiste à lancer un oiseau tenu au poing sur sa proie ; de la chasse au haut vol qui consiste à tenir l’oiseau en vol et à fondre sur le gibier après avoir décollé.La fauconnerie était déjà pratiquée durant l’antiquité par les Romains et les barbares. Pour preuve, la loi des Alamans distingue en effet les oiseaux de bas vol (ceux qui attaquent les grues, les oies sauvages et les canards) et de haut vol (l’épervier et l’épervier dressé). La chasse au vol ne se pratiquait pas seulement avec des faucons, on distingue ainsi les « accipitres » (vautours et éperviers) qui tuent avec leurs serres et les « falcones » (pèlerin) qui tuent avec leurs becs.

Ce type de chasse a suscité tout au long du moyen âge un fort engouement et donné lieu à de multiples traités. Le plus complet de fauconnerie du moyen âge est le De arte venandi cum avibus de Frédéric II de Hohenstaufen écrit au XIIIème siècle.L’avènement de la fauconnerie se constitue aux XIV-XVème siècles. Dans La fauconnerie des comtes de Forez, J. de Fréminville compte qu’un seigneur comme le duc de Bourbon possédait vingt-cinq oiseaux ce qui nécessitait des milliers de poules par an et neuf fauconniers pour prendre soin d’eux.Le capitulaire de Villis explique que Charlemagne entretenait un corps de fauconniers, et le polyptyque d’Irminon mentionne des redevances payées en éperviers.Le cartulaire de l’abbaye de Redon mentionne que dans les années 1050 offrit à un donateur un faucon dressé de la valeur de 50 sous (à l’époque le prix d’un bœuf était de sept sous).Les oiseaux de vol étaient en effet si rares, que leur capture et l’affaitage étaient confiés à des spécialistes. Les oisillons étaient généralement capturés avant même d’avoir appris à voler. Dans des cas exceptionnels, certains rapaces étaient attrapés adultes. En 1317 par exemple, l’écuyer de Philippe V se vit octroyer une rente viagère de quarante livres à condition de prendre des petits éperviers dans une forêt royale puis de les envoyer à la cour une fois dressés.

L’affaitage et l’entretien des oiseaux étaient très importants pour en tirer les meilleures performances. Certains réceptaires étaient dédiés aux maladies des oiseaux de vol et à leurs remèdes.On peut enfin dire que la chasse consistait pour la noblesse en un important rituel social, un lieu de convivialité dans le cadre d’une société hiérarchisée.Les chroniques mentionnent des chasses données en l’honneur de princes étrangers ou d’ambassadeurs, les oiseaux de chasses étaient au moyen âge des cadeaux de grande valeur.Les faucons et les chiens étaient entourés de luxe et portaient des colliers ornés. Leur mort était soigneusement notée. C’était en somme une passion fort coûteuse que les élites se réservaient. Ils prenaient donc grand soin de différentier la vénerie de la chasse vile réservée au petit peuple.

 La chasse vile

 Le terme de « chasse vile » fait référence à une « chasse vilaine » c'est-à-dire pratiquée par le peuple des campagnes (Villis > villa = campagne ou propriété campagnarde).Au contraire de la vénerie et de la fauconnerie qui ne faisaient appel qu’au savoir-faire et à l’habileté des chasseurs et de leurs auxiliaires, la chasse vile implique l’usage d’engins mécaniques et d’outils comme des pièges. On distingue trois genres de chasse vile : la chasse à tir, le piégeage et le déterrage.La chasse à tir se pratique avec un arc, qui constituait au moyen âge la principale arme de jet.Leur utilisation «était rendue possible par une approche à peu de distance du gibier, via la battue ou l’approche silencieuse, en se cachant derrière un animal domestique.Gaston Phébus estime au contraire qu’un bruit régulier et intrigant capte l’attention du gibier et le fait rester sur place pour en déterminer l’origine.Le piégeage, malgré sa mauvaise considération, est un art qui nécessite une grande habileté.On prenait le gibier « aux haies « .

 

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Ce sont des constructions de branchages ou des toiles tendues sur des pieux qui forçaient les animaux à suivre des itinéraires vers lesquels ils étaient rabattus et qui les menaient vers des pièges ou ils étaient abattus.Ces systèmes étaient inutiles pour des animaux comme les ours pour lesquels on préconisait les filets ou les fosses. Dans certains cas, les animaux, s’ils étaient suivis de trop près par les valets et les chiens, se retournaient et les attaquaient.Les animaux considérés comme nuisibles étaient pris au dardier. Cela consistait à « coudre horizontalement un fort baliveau muni d’une perche armé d’un fer d’épieu tranchant. L’ensemble était tenu par une corde retenue par un cliquetet que déclenchait le passage de la bête : le baliveau se détendait subitement et l’épieu perçait l’animal que l’on retrouvait mort sur place » (La chasse au moyen âge – Lucien Borg).En ce qui concerne les loups, ils étaient attirés par des charognes dans des fosses. Il était en outre plus question de destruction que de chasse, pour ce faire, les bergers utilisaient la boulette. Il s’agissait de lier du crin de cheval à des aiguilles, que l’on farcissait de viande. Une fois ingérées, les aiguilles perçaient l’estomac de l’animal.Les lapins étaient piégés au collet mais aussi avec des furets qui faisaient fuir le lapin vers la sortie du terrier et ces derniers étaient capturés dans des filets placés par les chasseurs.La miniature du mois d’octobre du Brévaire de Grimani illustre une tenderie. Ce type de chasse aux oiseaux se pratiquait avec des cadres en bois ou étaient tendus des filets, dans lesquels les passereaux étaient piégés. On la distinguait de la chasse aux gluaux, il s’agissait d’enduire d’une colle à base de fruits et de gui, les branchages sur lesquels se perchaient les oiseaux. Les merles et grives y restaient englués.Enfin, le déterrage concernait les blaireaux, ce type de chasse était très pratiquée au moyen âge de par l’intérêt que représentait cet animal notamment pour sa fourrure et sa graisse.

Le premier auteur à s’intéresser à cette chasse est Jacques Fouilloux au XVIème siècle. Il explique que le blaireau était chassé sous terre avec des petits chiens, et qu’on le prenait en creusant au-dessus de la cachette où il s’était réfugié, ou en posant des filets à la sortie de la galerie.Enfin, si la chasse constituait un loisir pour les nobles, les pauvres gens s’y adonnaient notamment par nécessité et plus précisément pour lutter contre les animaux qui menaçaient les cultures ou les populations. Parmi ces animaux sauvages, le plus dangereux était le loup. A sa suite viennent les renards et les chats qui font des ravages parmi les basses cours et contre lesquels on dressait des chiens. Les rapaces, utilisés pour la chasse au vol étaient une espèce protégée cependant on sait que Mahaut d’Artois donnait une prime de quatre sous par oiseau à ceux qui détruisaient les aigles qui ravageaient ses parcs. En effet, certains rapaces se révélaient dangereux pour le gibier de garenne tels que les lapins.

  Les clercs et la chasse

  Il semble nécessaire de poser la question de la relation qu’entretenaient les clercs avec la chasse-On remarque que dès le Vème siècle, on assiste à une série d’interdits qui touchent les ecclésiastiques de par le fait que le clergé est trop occupé pour se tourner vers des activités profanes qui le détourneraient de sa mission. Le concile d’Agde de 506 interdit à tous les titulaires d’un ordre majeur d’avoir des chiens pour chasser aux oiseaux de proie sous peine d’excommunication. Le concile de Tours défend de la même façon aux clercs d’aller à la chasse de la même façon qu’au bal et a la comédie.L’Eglise médiévale était cependant un grand propriétaire foncier. On peut penser que la pratique de la chasse ne les concernait pas de par leur statut cependant le rappel constant des interdits prouve leur peu d’efficacité.

En 517 le concile d’Albon reprend la même formulation que le concile d’Agde en 506, et interdit de plus aux clercs d’élever des chiens. En 585 le concile de Mâcon prohibe d’autre part la chasse au faucon. Ces multiples reprises des restrictions prouvent que de la même façon que les laïcs, les clercs s’adonnaient à la chasse avec peu de discrétion. Odette Pontal écrit, en ce qui concerne les conciles mérovingiens, que « la plupart des canons ont pour but de rappeler les devoirs des évêques que ces derniers abandonnaient de plus en plus ».

 

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On trouve cependant de nombreuses exceptions, en 774 par exemple, les moines de Saint Denis obtinrent le droit de chasser le cerf et le chevreuil dans les forêts dépendantes de leurs abbayes. Cette exception était conférée dans le but que les clercs puissent confectionner des gants, ceintures et couvertures de livres en peaux de bêtes.Il faut d’autre part prendre en compte le fait que les prélats et abbés étaient généralement issus de grandes familles pour lesquelles la chasse faisait partie intégrante de leur éducation.A partir du milieu du XIIIème siècle, les interdictions formulées par l’Eglise pour ce qui concerne la chasse deviennent lettres mortes et de nombreux textes font référence à des clercs qui pratiquent la chasse. En somme il apparaît durant tout le moyen âge que les clercs réguliers et séculiers n’ont que très peu respecté les interdits de l’Eglise.

  La chasse, profondément intégrée dans l’économie

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   Le rythme de la reproduction des espèces et de la mue dicte aux populations médiévales le temps de chasse. Certains chasseurs pratiquent chaque jour cette activité comme François Ier qui « chasse hiver et été et prend beaucoup de plaisir à la vénerie ».On distinguera dans un premier temps les mammifères : Charlemagne traquait les bovidés dans les forêts entourant les résidences carolingiennes et à Aix-la-Chapelle. Le plus grand bovidé sauvage chassé en Europe était le bison. Le bison d’Europe a été victime d’une chasse trop assidue.Les aristocrates se sont très tôt réservé la chasse au cerf en s’appropriant les grandes forêts et en limitant la chasse au gros gibier. Une stèle mérovingienne de Tréclun sur la Côte d'Or représente le cerf comme roi des gibiers. Gaston Phébus le décrit comme une « bête commune, aussi n’est-il pas nécessaire de dire comment il est fait car il y a peu de gens qui n’en aient pas vu ». Les cerfs sont donc très répandus dans toute l’Europe.Le chevreuil était chassé par les Mérovingiens, les archéologues ont découvert à Andrésy dans les Yvelines un fragment de couvercle de sarcophage sur lequel figure un chevreuil, d’autres animaux et une figure humaine.

Le daim était d’autre part considéré comme un animal nuisible notamment sur l’île de Ré dont en 1199, les habitants ont menacé leur seigneur de quitter leurs terres s’il ne prenait pas des mesures contre cet animal qui ravageait les cultures. On a aussi connaissance qu’en 1323 dans l’Artois, la comtesse de Mahaut mena une campagne de chasse exceptionnelle pour éliminer ces animaux qui saccagent ses cultures. On peut penser d’autre part que les daims donnaient quelque lassitude aux chasseurs de par sa vivacité moindre que les autres cervidés : « ils ne font pas aussi longue fuite que le cerf ». Le sanglier se prend à courre, avec des pièges ou des flèches. Le récit de la fondation de l’abbaye de Maillezais relate que le chevalier Goscelme s’est trouvé face à un sanglier « dans une position périlleuse ». C’est un animal abondant et dangereux, dont la chasse se pratique de septembre à février.

Dans un premier temps, Le loup déchaîne les passions. C’est l’animal le plus difficile à chasser à courre, comme l’explique Jean de Clamorgan au XVIème siècle « sur cent mille chiens courants que nourrit la France, pas un n’est capable de sortir un loup du bois. Ils abondent aux abords des villes durant les épisodes de guerre ou de famines qui font reculer la présence humaine dans les campagnes. En 1300 la comtesse Mahaut d’Artois est contrainte d’allumer de grands feux autour de son parc de Hesdin pour en éloigner les loups. Dès le XIIIème siècle on remarque l’institution de primes accordées en échange de la capture, ou d’impôts spécifiques dans les régions où les loups abondent afin de lutter contre leur présence, comme « la taille des loups » en Normandie.Le renard est aussi une plaie de par ses incessantes attaques dans les poulaillers et les enclos des ruraux. Les souverains paient des « goupilleurs » (le renard est aussi appelé goupil) pour lutter contre ces nuisibles : dans le compté de Boulogne, le goupilleur de monseigneur de Berry est payé six livres pour prendre les renards et reçoit des primes pour chaque capture. Les paysans quant à eux, à défaut de les chasser cherchent à les piéger d’autant plus que leur fourrure est très recherchée et se vend cher.

 Pour ce qui est des ours, les peuples barbares qui envahirent l’Europe au cours des V-VIème siècles étaient habitués à le chasser de par le fait que cette espèce abondait alors en Europe.Il est notamment chassé dans les forêts normandes au Xème siècle. En Dauphiné, Charles VI se réserve un droit sur la cuisse de l’ours chassé. Cet animal est très recherché pour la saveur de sa chair mais aussi sa fourrure et sa graisse prélevée sur son poitrail, réputée comme étant un remède contre la goutte et les tendinites. Le X ème siècle marque un tournant en ce qui concerne les populations de bovidés sauvages comme le bison, qui disparaissent progressivement. Les ours se replient de la même façon vers les montagnes. En ce qui concerne les loups, l’espèce ne recula pas tout au long du moyen âge et se renforça au cours du XIVème siècle, on sait d’ailleurs que les guerres et les épidémies profitent généralement aux animaux sauvages. Durant le XIIème siècle, et particulièrement dans les Vosges, les guerres incessantes favorisèrent le retour des fauves.

 Parmi les animaux que l’on chasse au moyen âge, la loutre faisait débat et notamment durant les périodes de carême. En effet, cette période imposait aux communautés religieuses de disposer d’importantes réserves de poissons, cependant ces derniers étaient tout autant convoités par les loutres. Dès lors, elle était chassée sans scrupules à l’aide de chiens spécialement dressés. Le comte d’Artois avait un loutrier à son service qui recevait huit deniers parisis par jours pour lui et ses six chiens afin de lutter contre ce nuisible dont on faisait aussi commerce de sa peau

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  Parmi les rongeurs, les plus communs étaient les lapins. Leur chasse était laissée aux serviteurs chargés de pourvoir le garde-manger, elle ne nécessitait « pas de grande maîtrise car le lapin ne se prend pas à force » (Gaston Phébus). Son abondance en Provence faisait de sa chasse un facteur économique non négligeable. Le lapin était une calamité pour les cultivateurs, ils se multipliaient plus vite que ce qu’on les détruisait. Dans son Livre de Chasse, Gaston Phébus relate qu’on recommandait à ceux qui possédaient un enclos de chasser le lapin deux ou trois fois par semaine. A Arles, on disait qu’ « un chasseur qui n’avait pas tué une centaine de lapins dans sa journée » estimait « avoir perdu son temps ». En 1309, 1539 lapins ont été pris sur la Garenne de Tournehem dans le Pas-de-Calais.Le lièvre n’était guère prisé pour sa chair. Son pelage était considéré comme la fourrure des pauvres : dans son livre Le vêtement, C. de Mérindol relate qu’à son retour de captivité et par esprit d’humilité, Saint Louis ne porta plus d’hermine mais du lièvre.

De la même façon, les écureuils d’Europe étaient chassés pour leur fourrure mi partie c'est-à-dire avec des alternances blanches et rousses. Il en était de même pour les marmottes qui vivaient en colonies dans les hauts massifs. Leur exemple est celui d’une chasse trop assidue, en effet l’espèce, particulièrement recherchée pour sa fourrure et sa graisse, a vu sa population régresser, notamment dans le Vercors.Au Vème siècle, se développe la volerie. Elle fait suite au développement de la chasse aux oiseaux. On commence à faire appel à des oiseaux de proie qui sont très recherchés.Les oiseaux de proie sont apprivoisés et dressés, cela consiste à familiariser le rapace à s’emparer de certaines espèces de gibier puis à le faire revenir vers l’homme. Les oiseaux que l’on chasse au moyen âge peuvent être divisés en plusieurs grandes catégories -

L’ échassier le plus commun est le héron. Il est considéré comme un gibier fauconnerie. Le poème Vœu du Héron nous rapporte qu’en 1338, Robert d’Artois, réfugié en Angleterre, fit prendre un héron à son émouchet et s’en servit pour piquer l’honneur de son hôte, Edouard III d’Angleterre et le pousser à porter la guerre en France. Parmi les ansériformes, le cygne chanteur est le plus prisé de par sa forte charge symbolique.Viennent ensuite les canards qui font l’objet d’un important débat au sein de l’Eglise en ce qui concernait leur nature à savoir s’il s’agissait de viande ou de poisson.Pierre Abélard soutenait qu’il était permis de manger du canard et des oies les jours d’abstinence car ils vivent dans l’eau et ont des palmes comme les poissons. Gérard de Cambrai affirmait le contraire. En 1215 le pape Innocent III trancha finalement en rangeant les palmipèdes comme des viandes interdites les jours d’abstinence.

La loi des Bavarois nous apprend que les barbares étaient de grands amateurs d’oies puisqu’il y avait des faucons, appelés aussi ganshapuch qui étaient spécialement dressés pour les chasser.En ce qui concerne les gallinacés, la perdrix était très prisée des fauconniers mais moins abondante que les cailles que l’on trouve notamment dans le sud de la France. Selon les statuts de Verceil, le piégeage de cet animal n’était autorisé que d’octobre à novembre dans la plaine du Po.La première attestation officielle du faisan en France date de 1267. On la trouve dans une charte du comte de Forez qui accorde à l’abbaye de Bonlieu le droit de chasse aux faisans et aux perdrix. L’animal est cependant très rare et sa chasse fait l’objet d’une certaine exclusivité.

 Les médiévaux chassaient aussi les oiseaux migrateurs. Parmi eux, la bécasse dont les prises étaient si importantes en Normandie et le long du littoral de la mer du Nord, qu’elles firent l’objet d’une redevance et que son commerce fut soumis à la dîme. Le registre de la chambre des Comtes de Paris en 1380 nous apprend qu’on la prenait au filet à la tombée de la nuit.Les passereaux n’étaient guère appréciés des cultivateurs, qui tentaient de les piéger au moyen de tenderies et de panneaux. Les rapaces, utilisés en fauconnerie étaient protégés et leur capture réservée à ceux qui en faisaient leur métier. Leur chasse était sévèrement punie, en 1371, Hardouin de Maillé fit couper le point d’un meunier de Marmoutier soupçonné d’avoir blessé un épervier.

 - Les armes et les équipements du chasseur

 

 Chasse à pieds avec arbalète

Durant la période médiévale, le métal et le bois tiennent une place importante dans les engins de chasse. De leur qualité dépend la réussite de la chasse.Pour traiter des armes utilisées, les historiens se sont penchés notamment sur les sources iconographiques et les représentations qu’elles donnent des équipements des chasseurs. On distingue dans un premier temps les armes d’estoc. On retrouve dans la chasse à l’épée le symbolisme médiéval, L’épée doit être aiguisée seulement sur la moitié qui va vers la pointe pour éviter tout accident.C’est cette arme que Gaston Phébus recommande pour s’attaquer aux sangliers qui sont les animaux sauvages les plus dangereux pour l’homme. Elle était aussi très utilisée pour servir les ours notamment en Normandie ou ils étaient nombreux.

On utilise aussi la dague, les miniatures du Livre de Chasse de Gaston Phébus montrent des valets la portant glissée dans une bourse. Tout au long du moyen âge la dague n’a cessé d’évoluer cependant aucun texte ne prouve que l’on ait utilisé une dague pour chasser un grand animal, on lui préférait l’épée ou l’arc. Les armes d’hast désignent une sorte d’épieu complexe d’une longueur d’environ trente centimètres, destinée à créer une importante hémorragie chez l’animal par le biais d’une large plaie. Bien que principalement représenté dans l’iconographie médiévale, l’épieu n’était pas la seule arme d’hast utilisée pour chasser. On employait aussi la hache ou la houe.La principale arme de jet est l’arc, utilisé par les chasseurs à pieds mais aussi à cheval. L’arc était généralement fait avec de l’orme ou du buis, les flèches étaient confectionnées à partir de peuplier ou de noisetier, avec des lames tranchantes.L’arc était toutefois différent de celui utilisé pour la guerre de par le fait que le but n’était pas le même, il s’agissait alors de tuer l’animal sans le blesser ni le faire souffrir inutilement.

 

Chasse à pieds avec épieu

L’arbalète se répand à partir du XI ème siècle, il s’agit d’un arc en bois recouvert de tendons de cerf, plus travaillé que l’arc, son coût est de la même façon supérieure. Ces nombreuses armes concernaient principalement les seigneurs cependant il ne faut pas oublier que les paysans chassaient la plupart du temps avec les armes ou objets qu’ils avaient à porté de main. Les vignerons utilisaient par exemple des cordes de cuir qu’ils armaient avec des cailloux ronds, ils s’en servaient notamment pour éloigner les oiseaux qui venaient grappiller les cultures.La chasse aux petits oiseaux pouvait aussi se faire à l’aide d’une sarbacane comme l’atteste une miniature du XV ème siècle illustrant le Livre des prouffits champêtres de Pierre de Crescens.

 Outre les armes, les chasseurs étaient aussi vêtus d’une certaine façon, le livre de chasse de Gaston Phébus explique que « le veneur doit avoir de gros houseaux de cuir épais pour se préserver des épines et des ronces. Il doit être vêtu de vert en été pour chasser le cerf et de gris en hivers pour les sangliers ; il doit aussi porter le cor au col, l’épée au flanc et le couteau à dépecer de l’autre côté.On sait aussi via les miniatures du XV ème siècle qu’une bourse pendait à la ceinture du chasseur, elle contenait des provisions.

 Les auxiliaires du chasseur

 

Livre de chasse de Gaston Phébus

Le chasseur n’est jamais seul, il est toujours accompagné d’un autre homme ou d’au moins un chien ne serait-ce que pour se défendre face à l’animal qui pourrait le menacer.On sait aussi que les lieux où l’on chasse sont surveillés, et gardés par des gardes qui exercent sur ces terres des fonctions de police et de justice. Beaucoup de seigneurs entretenaient des hommes pour réguler le gibier sur leurs terres. On peut donc en conclure qu’il existait bel et bien un métier de veneur. Le livre de chasse de Gaston Phébus résume les étapes du cursus pour le devenir : à sept ans, l’enfant entre comme page de la vénerie jusqu’à quatorze ans. Il devenait ensuite, et ce jusqu’à vingt ans, valet de chien. Avec le temps et selon l’expérience, le valet pouvait espérer devenir aide de vénerie, veneur et maître veneur. Certains devenaient spécialistes d’un certain type de chasse comme les louvetiers.

 En ce qui concerne la surveillance des lieux de chasse, elle est affectée à des officiers royaux exerçant alors des fonctions de police et d’exécution des décisions de justice.Les revenus qu’ils tirent de ces fonctions ne sont pas suffisants pour survivre ce qui les contraint à exercer d’autres activités telles que barbier ou taverniers. Enfin, le gros effectif des grandes chasses médiévales était constitué de tenanciers et de vassaux requis la plupart du temps comme rabatteurs. Ils tiraient en contrepartie des compensations comme des droits de bois mort ou d’autorisations de chasse. La meute était un effectif important dans la partie de chasse, et le chien un ben précieux. On sait via le cartulaire de l’abbaye de la Sainte Trinité qu’au XIème siècle, « en remerciements de multiples dons, l’abbé de la Sainte Trinité du Mont de Caen remit à deux chevaliers un cheval et un très bon chien ». Les textes des lois barbares nous aident à distinguer les différents types de chiens qui étaient utilisés pour la chasse : La loi des Alamans distingue le « canis doctus » (chien dressé) du « primus curialis » qui est le chien de tête entrainant la meute a la suite du gibier.

La loi des Bavarois mentionne aussi que différents types de chiens étaient utilisés selon le gibier que l’on avait prévu de chasser, ainsi pour la chasse à l’ours on employait des « canes segusii » qui étaient de petite taille et à poil long. Pour la chasse au lièvre on utilisait des chiens chassant à vue (à la différence de ceux qui suivaient la piste à l’odeur) que les textes appellent « cane argutariti ».Avec le temps, les races utilisées pour la chasse ont évolué, et différents chiens sont employés selon les régions ce qui ne permet pas à l’historien de donner une approche globale de la question.On connaît par ailleurs le traitement qui était réservé aux chiens qui composaient la meute.

Ils vivaient dans des chenils dont la taille et le nombre de valets qui étaient dévoués à leur entretien variaient selon la fortune du maître. En outre, et cela est aussi valable pour les gens moins fortunés, ces chiens étaient pour leurs maîtres, de grande valeur, et étaient très bien traités. Peu de textes médiévaux concernent directement les chevaux utilisés pour la chasse de par le fait que cet animal est alors considéré comme une arme de guerre.Les sources iconographiques du XIIe siècle nous montrent des cavaliers dont les pieds touchent le sol, les chevaux employés étant alors de petite taille. C’est seulement à partir du XIVe siècle que les seigneurs se tournent vers l’utilisation de chevaux plus grands et plus puissants pour accompagner l’évolution métallique de l’équipement du chasseur.

 Le commerce

Très peu de sources explicitent l’utilisation du gibier par le chasseur, cependant on peut lire dans les vers du poète Gaydon « Qui prent moult bien la quaille et la pie ; Dont il repaist et lui et sa maisnie ». De nombreux paysans ou nobles d’ailleurs en sont réduits à chasser pour se nourrir ou bien pour offrir un repas convenable à leurs hôtes. Le gibier avait au moyen âge une réelle valeur marchande. Les seigneurs n’hésitaient pas à acheter sur le marché les pièces qui manquaient à leur table. En 1328, pour le passage du roi à Arras, la comtesse d’Artois fit acheter entre autres neuf cygnes, trente-trois hérons, quarante-deux perdrix, et cent lapins.Le Livre du Roy Modus et de la Royne Ratio raconte une anecdote selon laquelle des veneurs et des fauconniers mirent en commun leurs chasses et se réjouirent de faire un bon dîner qui ne leur contait rien.

 A lire les ouvrages médiévaux, il semble que les nobles se nourrissaient exclusivement de pain et de gibier (en dehors de périodes de jeûne imposées par l’Eglise). Cependant, très peu d’ouvrages nous renseignent cependant sur les gibiers qui étaient consommés quotidiennement, en effet seuls les repas seigneuriaux faisaient l’objet de récits et les historiens voient dans les longues énumérations de gibiers, des récits littéraires plus que de réelles indications sur les habitudes gastronomiques médiévales.En outre on peut dégager que les grosses pièces des cervidés, sangliers et des ours, étaient salés. La chair du chevreuil ne se conservant pas de cette manière, elle était donnée aux chiens.On retrouve d’autre part dans les traités de vénerie de nombreuses recettes et façons de cuisiner les gibiers, le traité de vénerie de Twiti apprend notamment à reconnaître les meilleurs morceaux du sanglier et du cerf.

 Entre 1996 et 1998, des fouilles archéologiques se sont tenues à Amiens et ont révélé une décharge médiévale ou des restes d’animaux ont pu être identifiés (Les cuisines seigneuriales du château de Thierry).On possède aussi comme source les redevances en venaisons telles que celle de l’abbaye de Saint-Savin en Poitou qui recevait pour certaines de ses possessions, une épaule de chaque sanglier qui y étaient pris par ceux ayant obtenu concession du droit de chasse.Dans Le gibier dans l’alimentation seigneuriale, J.O Benoist nous apprend que lièvres et lapins se mangeaient en civets poivrés ou accompagnés de sauces à base de cannelle, de pain détrempé, à l’aigret, des pousses de vigne et du vin. On lit aussi que les passereaux étaient servis rôtis, en pâté ou enfilés sur des baguettes. En somme, si l’activité cynégétique est pratiquée prioritairement parce qu’elle constitue un loisir pour l’aristocratie, on remarque que certains chassent aussi pour subsister

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 Si à Arles, les chasseurs étaient autorisés à vendre la chair de leur chasse sur la place du bourg neuf, les commerçants faisaient les plus gros profits en transformant les produits retirés du gibier. On sait, via l’autorisation concédée par Charlemagne en 774 à l’abbaye de Saint-Denis, que le cuir retiré du cerf était utilisé pour relier des livres. L’ouvrage L’homme et la forêt de Deffontaines nous apprend que les moines de la Grande Chartreuse utilisaient pour la même fin, la peau de Chamois. Dans La vie privée d’autrefois, A. Francklin écrit que le cuir de cerf pouvait aussi être utilisé pour faire des bourses, des gants.La graisse de castor servait à entretenir les cuirs comme l’atteste l’existence de la commanderie des Hospitaliers de Lavausseau en Poitou, qui était spécialisée dans la préparation des cuirs des équipements des chevaliers de l’Ordre en Terre Sainte.

 R. Delort, dans son ouvrage sur Le commerce des fourrures en Occident à la fin du moyen âge, développe leur importance économique pour cette époque.A l’exception des « peaux velues » comme celles des moutons, les fourrures se vendaient très bien et leur commerce fut à l’origine de l’éclosion de nombreuses fortunes dans les milieux urbains.Le commerce de la fourrure de vair à Paris est à l’époque si importante, qu’en 1319 les marchands fondent leur propre corporation.

Source : Jacques Paviot, Tournois et chasse: des sports nobles, Historia thématique "La vie de château", n°100, 2006

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Date de dernière mise à jour : 21/01/2014