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Révoltes du Moyen Âge

La sédition Nika

 

 La sédition Nika (victoire en grec), « Sois vainqueur », qui signifie en fait « remportons la Victoire », à cause de son cri de ralliement est un soulèvement populaire à Constantinople qui fit vaciller le trône de l'empereur Justinien Ier en 532. Bien que nous disposions des témoignages capitaux de Jean Malalas, de Procope, du Chronicon Pascale et de Théophane, de nombreuses obscurités subsistent quant au déroulement de cet événement majeur qui faillit bien coûter son trône à Justinien.

 Le 11 janvier 532 une série de courses de chars a lieu dans l'hippodrome de Constantinople en présence de l'empereur, de son épouse Théodora et de la cour. Le contexte politique est explosif car, depuis plusieurs années, Justinien Ier et surtout l'impératrice ne cessent de favoriser la faction des Bleus au détriment des Verts. Or, à Byzance, ces factions ne se contentent pas d'être des « sociétés de courses », mais sont aussi de véritables structures politiques, qui influent sur les affaires publiques, et même militaires avec l'encadrement de la population dans des milices armées. Le soutien de Théodora encourage les Bleus (riches marchands et leurs fournisseurs, armateurs et leurs équipages, patrons d'artisans, joailliers...) à exploiter à l'excès leurs rivaux Verts (petits artisans et boutiquiers, débardeurs, blanchisseurs, artisans et vendeurs des rues, maraîchers, pêcheurs...), brutalisés par des nervis contre lesquels ils s'organisent en milices qui ripostent aussi avec violence. Un véritable climat de guerre civile s'installe dans la capitale de l'empire.

 Les Verts profitent des courses de chars pour insulter l'empereur et son épouse, et surtout le préfet Jean de Cappadoce, puis quittent en masse les gradins et se répandent dans la ville. Pour éviter que l'émeute ne dégénère, Justinien fait exécuter des meneurs Verts, mais aussi par erreur un important membre de la faction des Bleus. Fatale erreur car, Bleus et Verts, dans un retournement complet de situation, s'allient contre Justinien dans l'Hippodrome et exigent, le 13 janvier, des mesures d'amnistie. Devant le refus de l'empereur, les insurgés se ruent sur le quartier impérial et les quartiers adjacents au cri de Nika (« Victoire »), pillant les entrepôts impériaux et préfectoraux, incendiant les casernes et massacrent les soldats et les fonctionnaires impériaux.

 Le 14 janvier Justinien cède, mais trop tard. L'émeute est devenue une véritable insurrection. Le quinze, la basilique Sainte-Sophie, le Sénat, le Palais impérial brûlent et durant trois jours l'incendie fait rage. Le dix-huit, la ville est en grande partie en flammes. Réunies dans l'Hippodrome les deux factions désignent un nouvel empereur : Hypatios, un neveu de l'ancien empereur Anastase Ier, réputé favorable aux Verts. Justinien, dont le courage ne semble pas à la hauteur de ses qualités intellectuelles, songe à s'enfuir par la mer. C'est l'énergie et le courage de Théodora, qui refuse la fuite et préfère « mourir dans la pourpre » qui, semble-t-il, permettent de retourner la situation.

 L'eunuque Narsès, dont la carrière politique est lancée réellement à ce moment, détache les chefs des Bleus, en les achetant, de la révolution en cours. Avec leur aide, le général Bélisaire, prestigieux chef de l'armée d'Orient, qui rentre à peine d'une campagne victorieuse contre les Perses, encercle l'Hippodrome avec des contingents de Germains et y massacre, selon les sources, entre 30 000 et 80 000 rebelles. Le 19 janvier, Hypatios est exécuté. Le pouvoir des factions est dompté jusqu'à la fin du règne de Justinien.

La révolte d'An Lushan

 

 La Révolte d'An Lushan, aussi appelée Révolte d'Ān Shǐ  eut lieu en Chine pendant la dynastie des Tang, du 16 décembre 755 au 17 février 763. Ce fut une des plus grandes guerres civiles de l'histoire. An Lushan était un général de l'armée Tang d'origine turque. Il avait été nommé par l'empereur Xuanzong (suivant en cela la suggestion de sa favorite Yang Guifei et avec l'accord de Li Linfu) pour commander trois garnisons du nord (Pinglu, Fanyan et Hedong). Il était apprécié par l'empereur et par Yang Guifui, mais entra en conflit avec un cousin de celle-ci, le chancelier Yang Guozhong- En 755, An Lushan se révolta sous le prétexte de mettre Yang Guozhong à la raison. Son armée partit de Fanyang (près de Pékin, dans l'actuelle province du Hebei). En chemin, An Lushan traita tous les fonctionnaires Tang qui se rendaient avec respect. En conséquence, des fonctionnaires Tang toujours plus nombreux se joignirent à ses rangs.

 An Lushan prit Luoyang dès l'année 755. Mais il se heurta ensuite pendant deux ans aux armées restées fidèles aux Tang dans la province actuelle du Henan. An Lushan menaça ensuite la capitale, Chang'an (Xi'an). L'empereur Xuannzong s'enfuit alors dans le Sichuan. Menacé de révolte par sa propre garde du corps, l'empereur Xuanzong n'eut alors plus d'autre recours que d'ordonner à Yang Guozhong (dont la haine avec An Lushan avait provoquer la révolte) de se suicider. Il fit également étrangler sa favorite, la belle Yáng Guìfēi. An Lushan se proclama empereur. Mais, malade, son caractère se détériora, engendrant la crainte autour de lui. Il fut alors tué par son fils An Qingxu, qui craignait pour sa propre vie.Le nombre de morts de cette guerre civile est estimée à 30 000 000 morts, surpassant peut-être ainsi la Révolte des Taiping.

 

La rébellion des Zanj

 

 La rébellion des Zanj est une révolte d’esclaves noirs contre le pouvoir des Abbassides entre 869 et 883 dans le sud de l'Irak, dans la région de Bassorah. Beaucoup de propriétaires de la région avaient acheté des centaines d'esclaves noirs originaires de l’Est de l‘Afrique, le Zanj, pour travailler à l'irrigation de leurs terres, en espérant que leur ignorance de la langue arabe les rendraient particulièrement dociles.

 En septembre 869, le Zaidite Ali ibn Muhammad prétendant descendre de Ali, le quatrième calife, et de Fatima, la fille de Mahomet, réussit à convaincre plusieurs centaines d’esclaves de se soulever contre le gouvernement central, basé à Samarra, en soulignant leur condition injuste et en leur promettant la liberté et la fortune. Le discours de Ali ibn Muhammad était renforcé par son adhésion à la secte des kharidijiques. Les conditions de vie abominables des esclaves les décidèrent à prendre parti pour la révolte, que d'autres suivirent au nom d'un islam plus pur.

 Le soulèvement prit rapidement de l'ampleur, les Bédouins et des mercenaires se joignant à la révolte, et les rebelles remportèrent des batailles contre les forces du calife. Ils bâtirent également une ville, al-Mukhtarah, et prirent plusieurs autres villes importantes, notamment al-Ubullah, port sur le Golfe Persique. Le nouveau calife Al-Mu'tamid confia à son frère, Al-Muwaffaq , une nouvelle armée qui fut défaite en avril 872. Entre 872 et 879, alors que Al-Muwaffaq combattait l’expansion de la dynastie au pouvoir en Iran, les rebelles prirent d’autres villes et s’établirent dans le Khouzestan. Une seconde offensive organisée en 879 aboutit à la reprise des villes conquises et en 883, grâce au renfort de troupes égyptiennes, al-Muwaffaq écrasa cette révolte et retourna à Bagdad avec la tête d’Ali.

 Par la suite, les esclaves noirs furent souvent remplacés par des esclaves slaves grâce au commerce des Radhanites.

 

La révolte de la Harelle

 

La Révolte de la Harelle est une révolte populaire survenue en Normandie, à Rouen, au XIVe siècle. C'est l'une des nombreuses révoltes, qui éclatent dans tout le royaume de France au cours de l'année 1382, comme celle des « Maillotins » à Paris ou celle des « Tuchins » en Languedoc, et voient le peuple se soulever pour protester (entre autres) contre l'oppression fiscale. Les collecteurs de taxes et les usuriers sont les principales victimes du soulèvement populaire.

 Causes et déclenchement

 La révolte de la Harelle (du nom de « Haro! », cri poussé par les émeutiers pour attirer l'attention sur eux) éclate à Rouen le dimanche 24 février 1382, lorsque le peuple de Rouen apprend le rétablissement des contributions indirectes (dites aides) sur les marchandises, en particulier sur le sel et le vin, décidé par une ordonnance royale sur la perception des aides du 15 janvier 1382 et applicable au 1er mars suivant. La Normandie donne le signal de la révolte sans attendre la date de la perception des nouvelles aides.

 Cité commerçante attachée à ses privilèges obtenus par la Charte aux Normands, accordée par Louis X en 1315, Rouen trouve ces « nouveaux » impôts injustifiés. Au matin du 24 février, environ deux cents ouvriers « mécaniques », du textile surtout, se rassemblent autour de l'Hôtel de ville, où ils actionnent une des cloches du beffroi pour donner l'alarme, puis s'assemblent au Vieux Marché. Au début, tout commence comme un carnaval. Les ouvriers des draperies se choisissent un « roi », en la personne de Jean le Gras, un marchand drapier, qui préside bien malgré lui cette mascarade. Il est promené sur un char à travers toute la ville, accordant ici et là l'abolition des impôts.

Débordements

 Mais les festivités tournent rapidement à l'émeute. Les prisons sont ouvertes et, pendant trois jours, on pille. Les émeutiers enfoncent les portes des hôtels bourgeois, cassent meubles et fenêtres et pillent les demeures des notables, des officiers du roi et des riches bourgeois. La demeure de l'ancien maire est mise à sac. Les émeutiers s'en prennent ensuite au chapitre de la cathédrale, aux moines de Saint-Ouen et enfin aux Juifs. Ils démolissent également les fourches patibulaires, c'est-à-dire le gibet où les moines de Saint-Ouen, qui possédaient le droit de haute justice dans la ville, faisaient pendre les condamnés.

 Pris de panique, les notables tentent d'organiser des milices armées. Les moins téméraires trouvent un refuge précaire dans les couvents de la ville, encore épargnés par la vindicte populaire. Au soir de ces journées d'émeutes, l'agitation, qui était d'abord une protestation antifiscale, prend un tour social, se muant en une véritable « chasse aux riches » et mettant en cause certains titres féodaux qu'on lacère à Saint-Ouen. Le nom de « harelle » qui lui est resté se rapproche, en effet, de la « clameur de haro », forme de protestation judiciaire prévue par la coutume normande.

 La bourgeoisie rouennaise, qui avait tout à perdre du rétablissement des impôts comme de la hargne des émeutiers, tente d'obtenir le respect par l'autorité royale de la charte de Louis X, promptement exhumée du trésor de la cathédrale, en demandant au procureur du roi de la jurer solennellement et publiquement. La concorde semble restaurée entre les représentants du roi et les notables de la ville. Mais les Rouennais, redoutant la colère royale après trois jours d'agitation, envoient des députations auprès du roi pour solliciter son pardon et la confirmation de la charte. Comble de malchance pour les représentants des Rouennais, Paris est alors en proie à la révolte des Maillotins, qui a éclaté le 1er mars. Il leur est répondu que le roi viendrait à Rouen, un peu plus tard ; alors, il « saurait qui avait mangé le lard ! ».

Suites

 La révolte de la Harelle est durement réprimée par le roi Charles VI, qui fait une entrée triomphale dans la cité normande le 29 mars. La semaine précédente, il avait fait arrêter les meneurs de l'émeute et décapiter six d'entre eux. Les Rouennais s'aperçoivent vite que Charles VI ne vient pas faire une visite de courtoisie mais réaffirmer l'autorité royale bafouée. Le roi supprime la commune de Rouen, anciennement régie par un patriciat marchand, pour mettre en place une nouvelle municipalité sous l'autorité du bailli royal. Il fait également démolir une ancienne tour sur les fondements de laquelle Jehan de Bayeux construit, de 1389 à 1398, le beffroi du Gros Horloge. Les cloches du beffroi, qui avaient sonné le tocsin, sont descendues, les impôts augmentés et la ville doit payer une lourde amende, provoquant la fuite de nombreux habitants qui ne peuvent plus payer, ce qui alourdit d'autant le poids de la fiscalité pour les autres. Enfin, les privilèges des Rouennais sur la Basse Seine sont supprimés, laissant le champ libre aux Parisiens. Le jour de Pâques, le roi accorde son pardon à une population consternée devant tant de sévérité. À peine cinq mois plus tard, le 1er août 1382, de nouveaux incidents se produisent à la halle aux draps alors que les collecteurs d'impôts installent leurs comptoirs. Mais cette fois-ci, les notables de la ville, qui connaissent trop bien le coût de la première Harelle, coupent court à l'émeute.

 

 

La révolte des Ciompi

 

Les Ciompi composaient la classe sociale la plus pauvre des travailleurs de l'industrie textile dans la Florence de la Renaissance. Ces miséreux, qui n’avaient pas de guilde pour les représenter, nourrirent du ressentiment à l’égard du pouvoir en place dont la puissance reposait sur leur travail, l’Art de la laine (l’établissement de la manufacture textile étant le secteur économique de la prospérité de Florence).

 En 1378, ils lancèrent la révolte des Ciompi, une brève insurrection de la classe populaire laissée pour compte, le popolo minuto, ce qui resta un souvenir traumatisant pour les membres des guildes les plus puissantes (et grâce auquel on peut expliquer le soutien apporté aux Médicis longtemps plus tard, représentants la stabilisation de l’ordre florentin). La révolte porta brièvement au pouvoir un niveau de démocratie sans précédent européen dans la Florence du xive siècle.Ce sont des tensions entre grassi qui déclenchèrent le soulèvement. Des membres des classes populaires, appelées à prendre part au mouvement de la fin du mois de juin de 1378, prirent plus d’importance à partir de juillet.

Ils présentèrent une série de pétitions au corps gouvernant, la Signoria, réclamant une politique fiscale plus équitable et le précieux droit de constitution des guildes pour ces groupes qui n’en avaient pas encore. C’est ainsi que le 22 juillet, la couche la plus défavorisée s’imposa au gouvernement, en plaçant le cardeur de laine Michele di Lando, en tant que Gonfalonier de Justice, et exhibant leur bannière (symbole d’existence politique) au Palazzo della Signoria. Les révolutionnaires de la République florentine furent soutenus par les membres radicaux des arti minori, les guildes traditionnellement sans pouvoir. Ils étendirent les privilèges de la guilde aux Ciompi, et pour la première fois, un gouvernement européen représenta toutes les classes de la société, bien que brièvement. Mais en quelques semaines, les Ciompi furent désillusionnés, lorsque le nouveau gouvernement échoua dans l’exécution de toutes leurs demandes utopiques. Les conflits d’intérêts entre guildes mineures et les Ciompi devinrent évidents. Ils furent renversés par les plus conservateurs de la société florentine, quand les grandes et petites guildes s’unirent pour rétablir l’ordre antérieur, dans une contre-révolution au sein de laquelle le chevalier Salverstro de Medici joua un rôle essentiel de répression.

Le 31 août, un grand groupe de Ciompi s’étant réuni sur la Piazza della Signoria fut facilement dispersé par les guildes majeures et mineures qui s’étaient unies pour l’occasion. En réaction à cet épisode révolutionnaire, la toute nouvelle guilde des Ciompi fut abolie et pendant 4 ans, la domination des guildes les plus puissantes fut rétablie. L’Histoire de Florence de Machiavel représente la révolte avec une série de débats imaginés et des discours rapportant les positions des protagonistes, selon le point de vue de ce champion de la stabilité de l’État. Ces événements furent vus par l’Église et les classes dominantes comme un phénomène de retour à l’ordre naturel de Dieu.

Après l'annulation de leur participation en 1382, la guilde des Ciompi s'allie alors aux Albizzi qui dominèrent la vie politique florentine jusque 1434, date du retour de Cosme l'ancien et des Médicis, qui entraîne le départ des Albizzi et de leurs alliés, la famille Peruzzi, les Barbadori et les Strozzi.Après la Grande Peste, au cours de la seconde moitié du xive siècle, des événements similaires chamboulèrent grandement l’Europe politique : les classes les plus opprimées luttèrent pour des conditions plus justes.En milieu rural, les vallées françaises du Haut-Dauphiné et du Piémont italien obtiennent la signature de la charte du Grand Escarton, qui leur donnent des droits et réduit le poids des prélèvements fiscaux pour les paysans.


 

La révolte des Berbères de Abou Qurra

Abou Qurra ou Corra ou K'rra, appartenant à la tribu des Banou Ifren de Tlemcen, en actuelle Algérie. Il sera le chef de la tribu des Banou Ifren. Il est l'un fondateur de l'opposition  des Berbères d'Afrique du Nord à la dynastie des Omeyyades, née de discriminations face aux nouveaux convertis et d'impôts trop élevés. Ce personnage mal connu est le fondateur du kharidjisme sufrite en Afrique du Nord et du royaume sufrite de Tlemcen. Vers 736, Abou Qurra professe cette doctrine aux Zénètes et aux Berbères et se voit désigner comme imam et comme chef. Entre 767 à 776, il parvient à reprendre aux Arabes toute l'Ifriqiya à la tête d'une armée de plus de 350 000 cavaliers. Ibn Khaldoun le décrit dans son livre Kitab al-Ibar.

En 765, après la mort de Khaled ibn Hamid, Abou Qurra est proclamé calife c'est-à-dire souverain spirituel et temporel par les membres de sa tribu qui avait pris le pouvoir dans tout le Maghreb central.Il prend d'abord Tobna à la tête de 40 000 cavaliers puis assiège la ville de Kairouan en Tunisie. Toutes les tribus berbères sont alors placées sous son commandement. Ibn Rustom, qui avait comme épouse une femme des Banou Ifren et se trouvant être le seul Persan de cette armée, se voit également proclamé imam par les Banou Ifren. Vers 778, ce dernier remplace Abou Qurra et fonde le royaume de Tiaret. Abou Qurra sera quant à lui accusé d'avoir reçu de l'argent pour laisser en vie Omar ibn Hafs, dirigeant de la Tunisie au nom des Abbassides à cette époque. Il saisit alors les biens en possession des Abbassides et fait tuer Ibn Hafs (surnommé Hezarmard et lui aussi persan) durant le siège de cette ville.

Abou Qurra et les Banou Ifren se retirent après cette victoire pour retourner dans leur royaume de Tlemcen. Après cette victoire, Abu Qurra abandonne le kharidjisme et le pouvoir en raison des divisions internes des Berbères.Fondateur de la ville d'Agadir (Tlemcen)Agadir (actuelle Tlemcen) fut fondé par Abou Qurra le calife de la tribu des Banou Ifren en 790. Agadir devient la capitale des Berbères sufrites. Abou Qurra invite Idriss Ier à séjourner à Agadir. La ville fut construite sur les ruines de la ville romaine de Pomaria. Idriss Ier construisit une grande mosquée.

 En réaction au siège de Kairouan, Yazid ibn Hatem envahit le Maghreb et fait châtier ses habitants : les Banou Ifren perdront des centaines de milliers de cavaliers dans cette nouvelle guerre contre les Omeyyades et les Abbassides. La plus puissante armée berbère de tous les temps (350 000 cavaliers sans les fantassins), qui a gagné toutes les batailles contre les Romains, les Vandales, les Byzantins et les Arabes — les Zénètes n'ont jamais été colonisés par les Romains, ni par les Vandales, ni par les Byzantins et ni par les Arabes alors que la Kahena a remporté deux batailles contre les Arabes avec l'aide des Zénètes et en particulier des Banou Ifren . Ces derniers se retrouvent privés des meilleurs dresseurs de chevaux à cause de l'entreprise d'Abou Qurra.Il faut attendre 50 ans pour que la deuxième plus grande révolte kharidjite menée par Abu Yazid de la tribu des Banou Ifren voit le jour pour combattre les Fatimides.

Révolte kharidjite de Abu Yazid

Abu Yazid, de son nom complet Abu Yazid Mukhallad ibn Kayrâd  et surnommé « l'homme à l'âne », né en 873 et mort le 19 août 947, est un Berbère zénète de la tribu des Banou Ifren. Abu Yazid naît chez les Banou Wargu — les Banou Wargu et les Merendjissa appartiennent à la confédération des Banou Ifren — selon les propos rapportés d'Ibn Hazm par Ibn Khaldoun. Mais d'autres sources indiquent qu'il serait né à Gao (Mali). Le révolutionnaire suivit le dogme du kharidjisme (nekkarites) et devint le chef de la plus importante rébellion menée contre les Fatimides au milieu du Xe siècle. Abu Muhammed Ayub, le fils d'Abu Yazid, rapporte que son grand-père se nommait Makhled et sa grand-mère Sabika, native de Kaokao au Soudan. Makhled se rendait souvent au Soudan pour commercer. Abu Yazid était boiteux et avait un signe dans sa langue.

Abu Yazid vivait en deux endroits à Tozeur (actuelle Tunisie) et Takyus (Tagious) dans le Sud tunisien dans l'ancien Bilad el Garid. Durant ses études, il apprend le Coran ainsi que la littérature classique. Abu Yazid, érudit lié au kharidjisme, part à Tahert — capitale des Rostémides et principal centre kharidjite à tendance ibadite — où il débute son enseignement et se rapproche de la secte nekkarite. Son maître Ubayda sera emprisonné à Sijilmassa pour son opinion. Dépourvu d'argent après la mort de son père, il reçoit des dons et la charité des habitants de la ville de Guiton et, en contrepartie, enseigne lui-même le Coran.

Prise du pouvoir par les Fatimides

En 909, le propagandiste ismaélien Abû `Abd Allâh ach-Chî`î, à la tête des tribus kutama qui sont venues à bout des Aghlabides, part vers Sijilmassa pour y rencontrer enfin son imam, `Ubayd Allâh al-Mahdî, qu'il n'a jamais vu. Au passage, il détruit le royaume rostémide de Tahert (26 août 909).

Le 6 janvier 910, `Ubayd Allâh al-Mahdî arrive triomphalement à Raqqâda vêtu de soie noire tandis que son fils porte un costume semblable de soie orange. Tous les notables arabes ou non sont là pour le recevoir et lui prêter serment d'allégeance. La loi islamique est promulguée et tous les interdits renforcés. Le 15 janvier, il prend le titre de calife et de « commandeur des croyants » malgré l'existence du calife abbasside. C'est la première fois que deux califes règnent au même moment.

Revenu à Tozeur, Abu Yazid cherche à soulever les habitants en prônant le renversement du fatimide `Ubayd Allâh al-Mahdî. Accusé d'avoir donné son opinion, il est déclaré hors-la-loi par la justice locale. En 922, il quitte la province et décide d'accomplir le pèlerinage à La Mecque. Toutefois, il constate en cours de route qu'il est poursuivi ; il quitte alors la Tripolitaine et retourne à Takyus. Après la mort d'Al-Mahdî, son successeur ordonne à toutes ses troupes d'arrêter Abu Yazid qui part en campagne, avec sa femme et ses quatre fils, à la tête des tribus zénètes et Houaras des Aurès chaouis (Banou Zendek, Banou Berzal, Maghraoua et Azzaba). Il propose une forme de gouvernement formé d'un conseil de cheikhs en remplacement du califat fatimide. En 934, il lance sa rébellion à partir des Aurès mais cherche d'abord de l'aide auprès des Omeyyades d'Andalousie. Il réussit à amalgamer toutes les oppositions au chiisme des Fatimides et obtient le soutien des sunnites malékites de Kairouan mais fait face à l'indifférence du calife de Cordoue `Abd al-Rahman.

Abu Yazid s'enfuit alors en Orient et accomplit son pèlerinage à La Mecque entre 936 et 937. Revenu à Tozeur, déguisé pour ne pas être reconnu, il est toutefois vite découvert et se retrouve en prison. À cette nouvelle, Ammar Abdelhamid, chef de la secte nekkarite, mobilise un groupe de Zénètes qui entrent à Tozeur pour demander au gouverneur de le relâcher. Fadl et Yazid, les deux fils d'Abu Yazid, rejoignent le groupe et se chargent rapidement d'organiser l'évasion de leur père qui part pour Ouargla car un important groupe des Banou Ifren habitent la ville. Pendant son séjour, il visite les Aurès, et plus particulièrement les tribus des Banou Zendek, Ben Maghraoua et les Berzel de M'Sila. Il rassemble tous les Azzaba et fait le serment de combattre les Fatimides en 942.

Il profite alors de l'absence du gouverneur de Baghaï pour venir, à la tête de ses partisans, ravager les environs de cette place forte. Il s'empare sans coup férir de Tébessa et de Medjana. Mermajenna, cité dont la localisation n'a pu être déterminée, est prise et Abu Yazid y reçoit en présent un âne gris dont il fait sa monture. C'est pourquoi on le désigna ensuite sous le sobriquet de « l'homme à l'âne. ». Il prend ensuite Laribus qu'il livre au pillage.

Règne d'Al Qa'im

Al-Qâ'im bi-Amr Allah succède à son père comme imam ismaélien et calife fatimide. Abu Yazid se dirige alors vers Béja qu'il prend après une brève bataille contre les troupes fatimides. La ville est incendiée, les habitants hommes et enfants massacrés et les femmes réduites à l'esclavage. Cette nouvelle provoque de nombreux ralliements à la cause d'Abu Yazid : autant pour échapper à ses coups que dans l'espoir de participer au butin. Abu Yazid prend Tunis avec l'aide des habitants et attend des renforts au bord de la Medjerda. Il subit un premier revers en approchant de Sousse, 4 000 de ses partisans étant tués au cours d'une bataille. Il prend néanmoins la direction de Raqqâda que les troupes fatimides abandonnent à son approche pour se réfugier à Kairouan. Khalîl Ben Ishâq qui a la charge de défendre Kairouan essaie de traiter avec Abu Yazid plutôt que de le combattre. Il va commettre l'imprudence de se rendre dans le camp de son adversaire. Abu Yazid le fait arrêter et le met à mort. La ville privée de chef ne tarde pas à se rendre (octobre 944). Comme à l'habitude et malgré les ambassades des notables de la ville, celle-ci est mise à sac.

La légende veut que le Mahdî avait prévu une révolte inspirée par le kharijisme et qu'elle viendrait se briser sur les murs de Mahdia, aussi Al-Qâ'im attend-il le moment où la prophétie va se réaliser. Abu Yazid fait le siège de Mahdia (944). Une colonne de secours menée par un chef sanhadja, Ziri ibn Menad, permit aux assiégés de tenir. En janvier 945, il est à l'emplacement prévu par la prophétie et entreprend le siège de la ville. La famine s'installe dans les deux camps. Abu Yazid expulse les non combattants que ses troupes massacrent. Les troupes disparates d'Abu Yazid se dispersent d'autant qu'il n'y a plus rien à piller. La foule enthousiaste du début commence à se sentir flouée. Al-Qâ'im profite de l'affaiblissement de ses adversaires pour effectuer une sortie de la ville assiégée. En août 945, Abu Yazid prend la fuite en abandonnant ses troupes. Al-Qâ'im reprend rapidement Tunis, Sousse et Kairouan tandis qu'Abu Yazid reconstitue son armée.

Les chefs des tribus kutama et sanhadja rassemblent une armée pour secourir les Fatimides. Aux abords de Béja, ils doivent affronter Ayûb, l'un des fils d'Abu Yazid, qui les prend par surprise et les disperse. Ayûb, encouragé par cette facile victoire, se dirige vers Tunis qu'il reprend aux Fatimides. En janvier 946, Ayûb part à la conquête de Sousse. Il s'ensuit un siège acharné. Le 19 mai, pendant ce siège, le calife Al-Qâ'im meurt. Le combat reprend avec Ismâ`il Al-Mansûr qui succède à son père.

Règne d'Al-Mansûr

Ismâ`il al-Mansûr succède à son père comme imam ismaélien et calife de la dynastie fatimide alors sur le point d'être vaincue. Il commence par tenir secrète la mort de son père pour laisser l'impression qu'il n'y a rien de changé. Il envoie une flotte apporter du soutien et des vivres aux habitants de Sousse. Ces renforts permettent de desserrer le siège de la ville. Abu Yazid se replie sur Kairouan où se trouvent ses femmes et ses enfants. Les habitants de la ville lui refusent l'entrée et ferment les portes à son approche. Il se retire alors à Sbiba.

Le calife Ismâ`îl fait son entrée à Kairouan fin mai 946. Il accorde une amnistie générale aux habitants de cette ville. Les femmes et les enfants d'Abu Yazid sont respectés. Ismâ`îl fait pourvoir à leurs besoins. Abu Yazid mène des raids pour couper les routes menant de Kairouan à Mahdia et Sousse. Ismâ`îl offre à son adversaire de lui rendre ses femmes et ses enfants contre son départ définitif. Abu Yazid fait mine d'accepter mais à peine a-t-il retrouvé ses épouses qu'il reprend le combat. Ismâ`îl réunit donc une armée nombreuse pour en finir avec cet adversaire déloyal. Une bataille s'engage avec l'armée régulière au centre et sur l'aile droite des troupes de Berbères kutama. Abu Yazid attaque cette aile droite et vient se heurter aux troupes régulières plus aguerries. C'est une déroute pour les kharidjites : on aurait envoyé à Kairouan 10 000 têtes d'ennemis.

Commence alors une chasse à l'homme : Abu Yazid fuit à travers les montagnes et passe à Belezma en pensant pouvoir résister dans la place forte de Tobna mais doit fuir à nouveau. Le gouverneur de M'Sila se met alors au service du calife dans sa chasse à l'homme. Il lui amène un jeune chef de partisans qui se disait le Mahdî et qu'on avait fait prisonnier dans les Aurès à la tête d'une bande. Le calife ordonna de l'écorcher vif : « Ainsi faisait-il de tous ceux qu'il prenait ». D'autres prisonniers eurent les mains et les pieds coupés. Abu Yazid envoie son fils Ayûb chercher du secours en Andalousie tandis que lui-même se réfugie dans les montagnes auprès de tribus berbères qui lui sont restées favorables.

Les armées du calife délogent Abu Yazid qui part vers le désert. Le calife perd alors la trace de son adversaire mais, à la fin janvier 947, il apprend qu'Abu Yazid se prépare à faire le siège de M'Sila. Il fait aussitôt demi-tour, poussant Abu Yazid, qui n'a plus d'autre solution, que de se réfugier chez les Berzal (tribu des Maghraoua) dans la montagne Salat. Le calife fatimide propose en conséquence vingt charges d'or à qui le dénonce. Abu Yazid prend aussitôt la fuite vers les montagnes de Kiyana. En août 947, le siège de la montagne où s'est réfugié l'homme à l'âne se termine avec sa capture alors qu'il est presque mort des suites de ses blessures. Le calife le fait donc soigner pour pouvoir l'exhiber lors de son retour en triomphe mais Abu Yazid finit par mourir. Son cadavre est alors empaillé pour être rapporté à Mahdia comme preuve de la victoire du calife qui se donne, après cette victoire, le surnom d'Al-Mansûr ( soit « Le Vainqueur »). Le mouvement de rébellion est totalement désorganisé même si des tribus zénètes hostiles continuent de menacer l'empire. Elles seront un peu plus tard repoussées du Maghreb central (actuelle Algérie) par Ziri alors nommé gouverneur de la province par les Fatimides. Cet évènement marque l'avènement de la dynastie des Zirides sur l'est du Maghreb alors que l'ouest du Maghreb est sous le contrôle de la dynasite des Banou Ifren et des Maghraouas, en général des Zénètes, jusqu'à l'arrivée des Almoravides au XIe siècle.

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Commentaires (1)

1. womenshi 16/02/2012

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Date de dernière mise à jour : 04/07/2013